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7 mars 2006 2 07 /03 /mars /2006 23:04

Il y a 50 ans, en jetant une pierre dans une grotte, un Bédouin fut à l’origine de ce que certains considèrent comme la plus grande découverte archéologique du XXe siècle. Intrigué par le bruit d’une jarre qui se brisait, il pénétra dans la grotte et y trouva le premier de ce qu’on allait appeler les manuscrits de la mer Morte.

 

CES manuscrits ont suscité un grand intérêt et fait l’objet de vives controverses, tant dans les milieux spécialisés que dans les médias. Néanmoins, le public est souvent mal informé. Des rumeurs font état de dissimulations visant à occulter des faits qui mettraient en péril la foi des juifs et des chrétiens. Quelle est réellement l’importance des manuscrits de la mer Morte ? Cinquante ans après leur découverte, est-il possible de savoir la vérité ?

 

Le contenu des manuscrits

 

Les manuscrits de la mer Morte sont des textes juifs anciens, dont beaucoup sont rédigés en hébreu, certains en araméen et quelques-uns en grec. Une grande partie de ces rouleaux et fragments ont plus de 2 000 ans et sont donc antérieurs à la naissance de Jésus. Parmi les premiers manuscrits découverts par les Bédouins figuraient sept longs rouleaux diversement conservés. Au cours des fouilles effectuées dans les grottes des environs de Qumrân, près de la mer Morte, on découvrit d’autres rouleaux et des milliers de fragments. Entre 1947 et 1956, 11 grottes livrèrent des manuscrits.

 

L’ensemble des rouleaux et fragments représente environ 800 manuscrits, plusieurs fragments pouvant provenir d’un même document. Un quart de ces manuscrits sont des copies de portions de la Bible hébraïque. Les autres sont des écrits juifs non bibliques parmi lesquels figurent des apocryphes (littéralement, “ cachés ” Les apocryphes sont reconnus comme canoniques par les catholiques, mais pas par les juifs ni par les protestants.) et des pseudépigraphes (littéralement, “ écrits sous le nom d’un autre ” Les pseudépigraphes sont souvent des amplifications de récits bibliques attribués à un personnage célèbre de la Bible. ). Les apocryphes et les pseudépigraphes sont des textes juifs rédigés entre le IIIe siècle avant notre ère et le Ier siècle de notre ère.

 

Certains des écrits qui ont vivement intéressé les spécialistes étaient jusqu’alors inconnus. On y trouve des interprétations sur des points de la loi juive, des règles destinées à la communauté de Qumrân, des poèmes liturgiques, des prières et des écrits eschatologiques relatifs à la réalisation des prophéties bibliques et aux derniers jours. On a également découvert des commentaires bibliques remarquables, les premiers ancêtres connus des commentaires verset par verset publiés de nos jours.

 

Qui a écrit les manuscrits ?

 

Plusieurs méthodes de datation des documents anciens indiquent que les textes ont été copiés ou composés entre le IIIe siècle avant notre ère et le Ier siècle de notre ère. Certains spécialistes pensent que les rouleaux ont été cachés dans les grottes par des Juifs de Jérusalem avant la destruction du temple en 70 de notre ère. Cependant, la majorité estime que cette hypothèse ne concorde pas avec le contenu des rouleaux. De nombreux écrits reflètent des opinions et des coutumes indiquant que leurs auteurs étaient en désaccord avec les autorités religieuses de Jérusalem, pensaient que Dieu avait rejeté la classe sacerdotale et le culte centré sur le temple, et voyaient dans le culte qu’ils rendaient à Dieu dans le désert une sorte de substitut du service du temple. Il semble peu probable que les autorités du temple de Jérusalem aient caché une telle collection de manuscrits.

 

Il y avait vraisemblablement à Qumrân une école de copistes, mais de nombreux manuscrits ont dû être collectés ici et là. Les manuscrits de la mer Morte constituent en quelque sorte une grande bibliothèque. Comme dans n’importe quelle autre bibliothèque, on y trouve un large éventail de pensées qui ne reflètent pas nécessairement les convictions religieuses des lecteurs. Les textes dont on a trouvé plusieurs exemplaires ont cependant plus de chances d’être révélateurs des centres d’intérêt et des croyances du groupe.

 

Une communauté essénienne ?

 

Si ces manuscrits constituaient la bibliothèque de Qumrân, qui étaient les occupants du lieu ? Le professeur Eleazar Sukenik, qui acheta trois manuscrits pour l’université hébraïque de Jérusalem en 1947, fut le premier à émettre l’idée que ces rouleaux avaient appartenu à une communauté essénienne.

 

Les Esséniens, une secte juive, sont mentionnés par Josèphe, Philon d’Alexandrie et Pline l’Ancien, trois écrivains du Ier siècle. Leur origine est obscure, mais semble remonter à la période troublée qui suivit la révolte des Maccabées, au IIe siècle avant notre ère. En précisant ce qui distinguait leurs croyances de celles des Pharisiens et des Sadducéens, Josèphe indique qu’ils existaient déjà à cette époque. Pline signale la présence d’une communauté essénienne près de la mer Morte, entre Jéricho et En-Guédi.

 

James VanderKam, spécialiste des manuscrits de la mer Morte, pense que “ les Esséniens qui vivaient à Qumrân ne représentaient qu’une petite partie d’un mouvement plus important ” qui, selon Josèphe, comptait 4 000 membres. Bien qu’elle ne corresponde pas parfaitement à toutes les descriptions qui nous sont parvenues, l’image qui émerge des textes de Qumrân évoque les Esséniens plus que tout autre groupe juif connu de cette période.

 

Certains auteurs ont vu dans l’établissement de Qumrân le berceau du christianisme. Toutefois, il y a des différences frappantes entre les croyances de la communauté de Qumrân et celles des premiers chrétiens. Les écrits qumrâniens révèlent l’existence de règles extrêmement strictes relatives au sabbat et un souci quasi obsessionnel de la pureté cérémonielle (Matthieu 15:1-20 ; Luc 6:1-11). Notons aussi que les Esséniens vivaient à l’écart de la société, croyaient au destin et à l’immortalité de l’âme, rejetaient le mariage et accordaient une grande importance à des idées mystiques touchant la participation au culte rendu par les anges. Autant de points sur lesquels leur enseignement est incompatible avec celui de Jésus et des premiers chrétiens. — Matthieu 5:14-16 ; Jean 11:23, 24 ; Colossiens 2:18 ; 1 Timothée 4:1-3.

 

Pas de manuscrits cachés

 

Au cours des années qui suivirent la découverte des manuscrits de la mer Morte, les premiers textes trouvés furent édités dans diverses publications, ce qui permit aux spécialistes du monde entier d’y avoir accès. Mais publier les milliers de fragments provenant de la grotte no 4 était une autre affaire. Ces fragments furent confiés à une petite équipe internationale installée au Musée archéologique de Palestine, dans Jérusalem Est, alors sous contrôle jordanien. Aucun juif, d’Israël ou d’ailleurs, n’en faisait partie.

 

L’équipe décida de ne pas donner accès aux manuscrits jusqu’à la publication des résultats officiels de ses recherches. Ses membres étaient en nombre limité. Lorsque l’un d’eux mourait, il était remplacé par un autre spécialiste. Le volume de travail aurait nécessité une équipe plus importante et, dans certains cas, une meilleure connaissance de l’hébreu et de l’araméen anciens. Comme le note James VanderKam, “ plusieurs dizaines de milliers de fragments, c’était trop pour huit spécialistes, même très compétents ”.

 

En 1967, lors de la guerre des Six Jours, Jérusalem Est et ses rouleaux passèrent sous contrôle israélien. Toutefois, la politique de l’équipe demeura inchangée. Le retard accumulé dans la publication des manuscrits de la quatrième grotte finit par se compter en décennies. Des savants se mirent à dénoncer cette situation, que Geza Vermes, de l’université d’Oxford, qualifia en 1977 de “ scandale académique par excellence du XXe siècle ”. Certains affirmèrent que l’Église catholique dissimulait délibérément des informations dangereuses pour le christianisme.

 

Dans les années 80, l’équipe internationale fut élargie. Elle passa à 20 membres, puis, en 1990, à plus de 50 membres, sous la direction d’un nouvel éditeur en chef, Emmanuel Tov, de l’université hébraïque de Jérusalem. On fixa également un calendrier strict pour la publication scientifique de tous les manuscrits inédits.

 

L’année 1991 fut riche en événements inattendus. D’abord, des spécialistes firent paraître un volume intitulé Édition préliminaire des rouleaux non publiés de la mer Morte (angl.), réalisé grâce au traitement informatique d’une copie de la concordance employée par l’équipe internationale. Puis la Huntington Library de San Marino, en Californie, annonça qu’elle mettait à la disposition de tout chercheur intéressé la totalité des microfilms qui lui avaient été confiés. Peu après, les photographies de tous les manuscrits inédits furent publiées dans l’Édition en fac-similé des rouleaux de la mer Morte (angl.).

 

Au cours de la dernière décennie, les spécialistes ont enfin eu accès à tous les manuscrits de la mer Morte. On a ainsi pu constater qu’il n’y avait pas de rouleaux cachés ni de dissimulation. La publication officielle des derniers textes inédits, actuellement en cours, permettra d’entreprendre une étude complète de l’ensemble des manuscrits. Ce sera la tâche d’une nouvelle génération de spécialistes des manuscrits de la mer Morte.

 

Quelle est l’importance de ces recherches pour ceux qui s’intéressent à la Bible ?

 

Avant la découverte des manuscrits de la mer Morte, les plus anciennes copies connues des Écritures hébraïques dataient des IXe et Xe siècles de notre ère. Sachant que la rédaction des Écritures hébraïques s’était achevée plus de 1 000 ans auparavant, pouvait-on considérer ces copies comme des témoins fidèles de la Parole de Dieu ? “ Le rouleau d’Isaïe [trouvé à Qumrân] prouve de façon irréfutable que les copistes juifs ont assuré une transmission extrêmement fidèle et soigneuse du texte biblique sur une période de plus de 1 000 ans ”, écrit Julio Barrera, membre de l’équipe internationale chargée de la publication des manuscrits de la mer Morte.

 

Le rouleau dont parle ce spécialiste contient la totalité du livre d’Isaïe. À ce jour, on a identifié dans les plus de 200 manuscrits bibliques découverts à Qumrân des portions de tous les livres des Écritures hébraïques, celui d’Esther excepté. À la différence du rouleau d’Isaïe, la plupart sont fragmentaires et contiennent moins d’un dixième d’un livre biblique. Les livres les plus lus à Qumrân étaient les Psaumes (36 exemplaires), le Deutéronome (29 exemplaires) et Isaïe (21 exemplaires). Ce sont également les livres les plus cités dans les Écritures grecques chrétiennes.

 

Les manuscrits révèlent que la Bible n’a pas subi de changement majeur, mais aussi que les Juifs de la période du Second Temple utilisaient plusieurs versions du texte hébreu biblique, caractérisées par des variantes propres. L’orthographe et les mots eux-mêmes ne sont pas toujours identiques à ceux adoptés plus tard par les Massorètes. Le texte est parfois plus proche de la version grecque des Septante. Certains spécialistes pensaient autrefois que les variantes propres à la Septante résultaient d’erreurs ou même d’inventions délibérées des traducteurs. Grâce aux manuscrits de la mer Morte, on sait aujourd’hui que ces différences sont dues en réalité à des variations du texte hébreu. Cela peut, dans certains cas, expliquer pourquoi les premiers chrétiens, lorsqu’ils citaient les Écritures hébraïques, utilisaient parfois un texte différent du texte massorétique. — Exode 1:5 ; Actes 7:14.

 

Les rouleaux et les fragments découverts près de la mer Morte sont donc précieux pour l’étude de la transmission du texte hébreu de la Bible. Ils confirment la valeur de la Septante et du Pentateuque samaritain pour la critique textuelle, et apportent des éléments supplémentaires aux traducteurs de la Bible qui doivent examiner les corrections éventuelles à apporter au texte massorétique. Dans de nombreux cas, ils appuient le choix de comités de traduction pour rétablir le nom de Jéhovah ou Yahvé là où les Massorètes l’ont remplacé par un substitut.

 

Les manuscrits qui nous renseignent sur les règles et les croyances de la communauté de Qumrân indiquent clairement qu’à l’époque de Jésus il existait plusieurs formes de judaïsme. Les occupants de l’établissement de Qumrân avaient des traditions différentes de celles des Pharisiens et des Sadducéens. C’est probablement en partie à cause de ces divergences qu’ils se retirèrent dans le désert. Ils estimaient, à tort, que le passage d’Isaïe 40:3, où il est question d’une voix criant dans le désert de préparer le chemin pour Jéhovah, s’appliquait à eux. De nombreux fragments indiquent qu’ils croyaient la venue du Messie imminente, ce qui confirme que “ le peuple était dans l’attente ”, comme l’écrit Luc. — Luc 3:15.

 

Les manuscrits de la mer Morte sont très utiles pour comprendre le contexte de la vie juive dans lequel Jésus a accompli son ministère. Ils apportent également des éléments précieux pour l’étude de l’hébreu ancien et du texte biblique. Mais beaucoup de ces manuscrits n’ont pas encore été étudiés de façon approfondie. Nous pouvons donc nous attendre à de nouvelles découvertes intéressantes. Aujourd’hui encore, la plus grande découverte archéologique du XXe siècle continue à passionner les spécialistes et tous ceux qui s’intéressent à la Bible.

 

 

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