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16 mars 2006 4 16 /03 /mars /2006 22:42

DEPUIS des siècles, la Yizréel antique est un lieu abandonné. Dans l’histoire biblique, cette ville a été importante jadis, mais aujourd’hui, dépouillée de sa gloire passée et ensevelie sous des couches de terre, elle n’est plus qu’un monticule, un tell. Ces dernières années, des archéologues ont entrepris d’explorer les vestiges de Yizréel. Que révèlent ces ruines relativement aux récits bibliques ?

 

Yizréel dans la Bible

 

Yizréel, située dans l’est de la vallée du même nom, était au milieu d’une des régions les plus fertiles de l’Israël d’autrefois. Au nord, de l’autre côté de la vallée, se trouve la colline de Moré où les Madianites campèrent lorsqu’ils s’apprêtaient à attaquer le juge Guidéôn et ses troupes. Légèrement à l’est coule, au pied du mont Guilboa, la source de Harod. C’est à cet endroit que Jéhovah réduisit l’armée de Guidéôn de plusieurs milliers d’hommes à seulement 300, afin de démontrer qu’il était capable de délivrer son peuple sans force militaire puissante (Juges 7:1-25 ; Zekaria 4:6). Sur le mont Guilboa tout proche, Saül, le premier roi d’Israël, fut vaincu par les Philistins au cours d’une bataille terrible durant laquelle trois de ses fils, dont Yonathân, furent tués, et lui-même se suicida. — 1 Samuel 31:1-5.

 

La Bible offre toute sorte de renseignements sur Yizréel. On découvre l’abus de pouvoir et l’apostasie des chefs d’Israël, mais aussi la fidélité et le zèle des serviteurs de Jéhovah. C’est à Yizréel que, dans la deuxième moitié du Xe siècle avant notre ère, Ahab le roi d’Israël (le royaume du Nord composé de dix tribus) établit sa résidence, même si la capitale officielle était Samarie (1 Rois 21:1). C’est depuis Yizréel qu’Éliya, le prophète de Jéhovah, reçut des menaces de mort de la femme étrangère d’Ahab, Jézabel, furieuse de ce qu’il avait courageusement exécuté les prophètes de Baal après l’épreuve de la Divinité qu’il avait organisée au mont Carmel. — 1 Rois 18:36–19:2.

 

Il y eut aussi un meurtre à Yizréel : celui de Naboth. En effet, le roi Ahab convoitant sa vigne et lui ayant demandé de lui céder sa terre, Naboth le Yizréélite, fidèle, avait répondu : “ Il est impensable pour moi, du point de vue de Jéhovah, de te donner la possession héréditaire de mes ancêtres. ” Cette réponse d’un homme de principes avait vivement contrarié Ahab. En le voyant d’humeur maussade, la reine Jézabel avait monté un procès truqué à l’issue duquel Naboth, quoique innocent, avait été accusé de blasphème, puis jugé coupable et lapidé. Après quoi, le roi s’appropria sa vigne. — 1 Rois 21:1-16.

 

À cause de cet acte infâme, Éliya prophétisa : “ Oui, les chiens mangeront Jézabel dans la parcelle de terre de Yizréel. ” Il déclara également : “ Quiconque de la maison d’Ahab mourra dans la ville, les chiens le mangeront [...]. Vraiment, personne n’a été comme Ahab, qui s’est vendu pour faire ce qui est mauvais aux yeux de Jéhovah et que Jézabel sa femme incitait. ” Cependant, comme Ahab s’humilia à l’énoncé de ce jugement, Jéhovah déclara qu’il ne ferait pas venir cette punition de son vivant (1 Rois 21:23-29). Le récit biblique relate ensuite qu’aux jours d’Élisha, successeur d’Éliya, Yéhou fut oint roi d’Israël. Entrant à cheval dans Yizréel, Yéhou ordonna qu’on jette Jézabel par la fenêtre de son palais. Les chevaux la piétinèrent et, plus tard, on ne retrouva d’elle que le crâne, les pieds et les paumes des mains, tout ce que les chiens charognards avaient laissé (2 Rois 9:30-37). Le dernier événement biblique directement lié à Yizréel fait suite à l’exécution des 70 fils d’Ahab. Yéhou prit les têtes des victimes et en fit deux grands tas à la porte de la ville, avant de frapper d’autres hommes éminents et des prêtres qui avaient participé au règne apostat d’Ahab. — 2 Rois 10:6-11.

 

Qu’ont trouvé les archéologues ?

 

En 1990 s’est ouvert sur le site de Yizréel un chantier de fouilles auquel participaient en collaboration l’Institut d’archéologie de l’université de Tel Aviv (représenté par David Ussishkin) et l’École britannique d’archéologie de Jérusalem (représentée par John Woodhead). Pendant sept périodes (de six semaines chacune) réparties entre 1990 et 1996, de 80 à 100 bénévoles ont travaillé sur ce chantier.

 

L’optique actuelle de l’archéologie veut que, lorsqu’on examine les éléments trouvés sur un site, on les laisse parler d’eux-mêmes en faisant abstraction de toutes idées ou théories préconçues. Par conséquent, pour les archéologues qui étudient les pays de la Bible , le texte de l’Écriture n’a pas le dernier mot, mais il faut considérer et soigneusement évaluer toutes les autres sources et tout autre élément matériel. Or, comme le signale John Woodhead, il n’existe sur Yizréel aucune information écrite ancienne autre que quelques chapitres de la Bible. Les récits et la chronologie bibliques doivent donc intervenir dans toute prospection. Qu’ont donné les recherches des archéologues ?

 

À mesure que des fortifications et des poteries étaient exhumées, il est vite devenu clair que les ruines remontaient à ce que l’on appelle l’âge du fer, ce qui les situait exactement dans la période de la Yizréel biblique. Mais, avec l’avancée des fouilles, on est allé de surprise en surprise. La première portait sur les dimensions du site et de ses énormes fortifications. Alors que les archéologues pensaient découvrir une ville dotée de fortifications comparables à celles de la Samarie antique, la capitale du royaume d’Israël, plus on creusait, plus on constatait que Yizréel avait été bien plus grande. Le périmètre délimité par ses fortifications, mesurant environ 300 mètres sur 150 le long de ses murailles, représentait plus de trois fois la superficie de toute autre ville découverte en Israël et datant de cette période. Yizréel était entourée d’un fossé, qui formait une dénivellation de 11 mètres derrière les fortifications. Ce fossé était, selon le professeur Ussishkin, une particularité encore jamais vue pour les temps bibliques. “ On ne trouve rien de semblable en Israël avant la période des croisés ”, a-t-il dit.

 

Une autre découverte inattendue a été l’absence de vastes constructions dans le cœur de la ville. De la terre brun-rouge en grande quantité, apportée pendant la construction de la ville, a servi à former à l’intérieur des murs une élévation plane, une sorte d’immense estrade ou esplanade. Selon le Second rapport préliminaire (angl.) concernant les fouilles de Tel Yizréel, cette esplanade pourrait être la preuve que Yizréel était plus qu’une résidence royale. “ Nous voudrions, dit ce rapport, émettre la supposition que Yizréel ait été la base militaire centrale de l’armée royale d’Israël au temps des rois omrides [Omri et ses descendants] [...] où l’on abritait et entraînait les conducteurs de chars et la cavalerie du roi. ” La taille de l’esplanade et celle de l’enceinte elle-même inspirent à John Woodhead l’hypothèse qu’il s’agissait d’une sorte de terrain de parade où s’exhibait la puissance militaire de la plus grande armée de chars du Proche-Orient de ce temps-là.

 

Les vestiges de la porte de Yizréel qui ont été mis au jour présentent un intérêt tout particulier pour les archéologues. Ils révèlent en effet une entrée dotée d’une porte comportant au moins quatre chambres. Toutefois, comme au fil des siècles beaucoup de pillards en ont emporté des pierres, cette découverte n’est pas concluante. John Woodhead est d’avis que l’on est en présence des vestiges d’une porte à six chambres semblable par les dimensions à celles qu’on a trouvées à Meguiddo, à Hatsor et à Guézer.

 

Les découvertes archéologiques témoignent d’une existence étonnamment courte pour une ville si idéalement située, tant du point de vue militaire que géographique. John Woodhead signale qu’en tant que grande ville fortifiée Yizréel n’a pas traversé les âges. Elle n’a servi que quelques décennies, à la nette différence de bien d’autres lieux bibliques majeurs en Israël comme Meguiddo, Hatsor et Samarie la capitale, villes qui ont été plusieurs fois rebâties, agrandies et habitées au fil de plusieurs périodes. Pourquoi ce lieu idéal a-t-il été déserté si vite ? John Woodhead présume qu’en dilapidant les ressources de la nation Ahab et sa dynastie en ont dévasté l’économie. Témoin les dimensions et la robustesse démesurées de Yizréel. Probablement dans une volonté de rompre avec le souvenir d’Ahab, le nouveau régime dirigé par Yéhou abandonna la ville.

 

Tous les éléments exhumés jusqu’ici confirment que le site de Yizréel a été un lieu majeur en Israël durant l’âge du fer. Ses dimensions et ses fortifications coïncident avec ce qu’en dit la Bible , à savoir qu’elle fut une résidence royale d’Ahab et de Jézabel. Les signes indiquant qu’elle fut peu habitée durant cette période concordent aussi avec le récit biblique, selon lequel cette ville devint rapidement dominante sous le règne d’Ahab puis, sur l’ordre de Jéhovah, fut à l’évidence rabaissée lorsque Yéhou “ abattit tous ceux qui restaient de la maison d’Ahab à Yizréel, tous ses personnages de marque, ses connaissances et ses prêtres, au point de ne pas lui laisser de survivant ”. — 2 Rois 10:11.

 

La chronologie de Yizréel

 

John Woodhead admet qu’“ en archéologie il est très difficile d’obtenir une base de datation exacte ”. C’est pourquoi, en analysant les résultats de leurs sept années de fouilles, les archéologues les comparent aux découvertes faites sur d’autres chantiers archéologiques. Cela donne lieu à des réévaluations et à des controverses. En effet, depuis que l’archéologue israélien Yigael Yadin a mené des fouilles à Meguiddo dans les années 60 jusqu’au début des années 70, beaucoup dans les milieux archéologiques considéraient comme confirmée l’idée qu’il avait découvert des fortifications et des portes de villes datant de l’époque du roi Salomon. Or, devant les fortifications, les poteries et les portes découvertes à Yizréel, on remet en question ces conclusions.

 

Ainsi, les poteries trouvées à Yizréel sont identiques à celles de la strate de Meguiddo que Yigael Yadin a reliée au règne de Salomon. L’agencement de la porte et les dimensions des deux villes sont semblables, sinon identiques. John Woodhead commente : “ Au vu de tous ces éléments, soit il faut replacer Yizréel dans la période salomonique, soit on ramène à la période d’Ahab la datation de ces mêmes vestiges trouvés sur les autres sites [Meguiddo et Hatsor]. ” Comme la Bible rattache clairement Yizréel à la période d’Ahab, l’archéologue juge plus logique d’accepter l’idée que ces strates portent l’empreinte de l’époque du règne d’Ahab. David Ussishkin abonde dans son sens : “ La Bible dit que Salomon a construit Meguiddo ; elle ne dit pas qu’il a bâti précisément ces portes-là. ”

 

Peut-on connaître l’histoire de Yizréel ?

 

Ces découvertes archéologiques et la controverse qu’elles soulèvent jettent-elles des doutes sur le récit biblique relatif à Yizréel ou à Salomon ? En réalité, le débat archéologique a peu d’incidence sur le récit biblique. L’archéologie et la narration biblique n’abordent pas l’Histoire sous le même angle. L’archéologie a des questions et des priorités différentes. On pourrait comparer l’étudiant de la Bible et l’archéologue à deux personnes qui suivent deux trajets à peu près parallèles, l’une en voiture sur la chaussée, l’autre à pied sur le trottoir. Elles n’ont pas les mêmes centres d’intérêt ni les mêmes préoccupations, mais leurs points de vue sont fréquemment plus complémentaires que contradictoires. On obtient des éclaircissements passionnants en comparant les impressions des deux.

 

La Bible contient des renseignements écrits sur des événements ou des personnages du passé. L’archéologie, elle, essaie de retrouver des informations sur ces événements et ces personnages en scrutant toute trace d’eux que le sol puisse encore livrer, mais ces vestiges sont en règle générale très lacunaires et susceptibles d’interprétations diverses. À ce sujet, Amihai Mazar affirme : “ Le travail de l’archéologue sur le terrain [...] est dans une grande mesure un art autant qu’une conjugaison d’aptitudes professionnelles. Aucune méthodologie rigide ne peut garantir la réussite ; par ailleurs, la souplesse et l’esprit créatif des maîtres de fouilles sont indispensables. Le caractère, le talent et le bon sens de l’archéologue ne sont pas moins importants que sa formation et les moyens mis à sa disposition. ” — Archaeology of the Land of the Bible—10,000−586 B.C.E.

 

L’archéologie a confirmé qu’il y a eu à Yizréel un grand centre militaire doublé d’une ville royale dont la durée d’existence a été étonnamment courte dans une période historique coïncidant avec le règne d’Ahab : c’est exactement ce dont la Bible fait état. Beaucoup d’autres questions très intéressantes ont surgi, sur lesquelles les archéologues vont se pencher dans les années à venir. Cependant, les pages de la Parole de Dieu, la Bible , continuent de témoigner avec clarté, et nous racontent toute l’histoire de Yizréel comme les archéologues ne seront jamais en mesure de le faire.

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